J58... Une histoire de croix et de cailloux

Publié le 28 Mai 2013

Après une bonne nuit égayée par diverses sonorités...réveil du dortoir vers 5h45. Le temps de tout rangé dans le sac, un peu chacun son tour avec ma co-locatrice, de prendre un petit déjeuner préparé par nos amis de la Confraternity, plus ce que j'avais prévu, me voilà prêt à partir, enfin presque... Quand on arrive dans ce type de refuge, on retire ses chaussures que l'on pose sur un rack a chaussures histoire d'éviter dans les chambes non seulement les odeurs mais aussi la saleté. On dépose également ses bâtons de marche qui prennent de la place , tombent etc... Donc en arrivant hier mon hôte Anglais prend mes bâtons, les pose avec les autres pour m'aider. À ce moment s'allume dans ma tête une petite lumière qui veut dire "attention". Le soir avant d'aller me coucher, je repasse par le casier à bâtons, lie mes bâtons, je les mets dans un coin et je vérifie pour voir s'il y en a d'autres comme les miens, ce qui n'est pas le cas. Donc ce matin, une fois mes chaussures remises je sors avec mon sac prêt à partir, sauf que je constate tout de suite que mes bâtons ne sont plus là... Je vérifie partout, Nada plus de bâtons de marche. D'abord l'étonnement puis un peu la colère qui monte doucement. Je croise le neveu Anglais de Lhospitalier en charge de l'organisation et lui explique que quelqu'un m'a pris mes bâtons. Certes gêné , mais que peut-il y faire, là ça m'agace... Au même moment deux Français se préparent à partir et disent à revoir à une amie, je regarde par réflexe les bâtons de l'un deux et que vois-je... Poliment mais un peu sec je lui demande si il est certain que ce sont ses bâtons, ce a quoi il me répond avec aplomb, " mais bien sur ce sont des antichocs ". Je garde mon calme et lui dit que moi aussi j'ai des antichocs et que d'ailleurs les bâtons qu'il tient en main sont attachés comme je l'ai fait hier soir et que le plus simple est de vérifier à quelle hauteur ils sont usés, les miens le sont à 130cm. Je lui retire sèchement les bâtons des mains et lui montre les marques d'usure au niveau 130. Il se baisse, cherche dans le tas de bâtons, et en ressort avec les siens " ah Ben c'est normal, c'est les mêmes" ...ils ne sont pas de la même couleur, et porte des embouts en caoutchouc sur les pointes! Comme on est dans l'enceinte du refuge du monastère je reste poli, mais ce n'est pas l'envie qui me manque, je suis pèlerin pas enfant de Chœur.

Ça m'a donné un coup de chaud cette histoire...j'ai préparé mon sac pour la pluie mais pas encore sorti mon poncho, que je vais enfiler 10minutes plus tard...d'abord pour quelques gouttes d'eau, puis un peu plus haut pour une forme de grésille, puis pour finir...pour de la neige!! Et voilà j'aurais tout eu sur ce chemin, me voici en short et basket en train de grimper un col sous la neige.

L'averse ne dure qu'une trentaine de minutes mais avec le vent qui souffle, j'ai les mains glacé et j'ai absolument besoin de marcher avec mes bâtons (ouf je l'ai ai...). On a 6km pour monter au col et je me demande ce qu'on va trouver là haut!! La vue est quand même magnifique, les fleurs sont gelées, cela donne une impression complètement décalée de la situation. Un marcheur en short, des fleurs, de la neige et du vent , un arc en ciel!!

Et puis me voici arrivé à la Cruz de Ferro, presque au col à 1490m. C'est au pied de cette croix que chaque pèlerin vient jeter sa pierre , car on a tous des cailloux dans son sac. Laissez moi vous raconter l'histoire de mon caillou.

Dans une autre vie, en janvier 2009, alors que mon entreprise a décidé que "je ne fais plus partie de la stratégie" et que je me bats pour mon droit et pour garder un job, par un moche week-end froid et humide, me vient l'idée que je dois retirer au fond du jardin un piquet métallique en T qui servait avec son vis à vis d' étendoir à linge. J'avais déjà retiré le premier l'été précédent et le second ne me prendrais pas de temps. Rapidement j'ai compris que l'ancien propriétaire qui avait planté ce piquet devait avoir un reste important de béton dont il ne savait quoi faire, et avait fait une embase de 30cm de diamètre sur plus de 50cm de profondeur, ça je le saurais plus tard. Avec marteau, burin, pelle et pioche, j'ai tapé, cogné, tordu ce piquet qui ne voulait rien entendre. Au bout de 3h de travail sous la pluie, il me restait encore beaucoup à faire . À force de tordre et secouer ce maudit piquet dans tous les sens, je pensais bien pouvoir en venir à bout avant la fin de l'après-midi. Sur un mouvement de poussée en torsion, la barre du T m'est revenue dans la tête, m'envoyant presque assommé à terre. Déterminé à ne rien lâcher d'un combat que j'avais transposé à celui que je menais contre mon entreprise, je me relevais pour continuer ma tâche. Mais quand j'ai senti un liquide chaud coulé sur mon visage et vu du sang tombé par terre, je me suis décidé à rentrer... Je ne vous raconte même pas le cri d'Anne-Marie quand elle m'a vu arriver, un Zombi plein de terre et de sang, la tête ça saigne vite. Je m'étais entaillé le crâne et surtout découpé suivant les pointillés le haut de l'oreille... Trop douillet pour aller à l'hôpital ou voir un médecin, on a nettoyé et mis des Sterilstrips pour resserrer les chairs. Forcément ça m'a calmé pour la fin de la journée. Mais je vous jure, je n'avais qu'une idée en tête, finir mon "combat" avec ce trou. Abandonner c'était reconnaître ma défaite face à mon entreprise. Aussi dès le lendemain matin avec l'impression d'avoir un train dans la tête, je suis retourné au fond du jardin finir le nettoyage de mon trou. Et une fois terminé je me suis dit "ils ne gagneront pas, ce sera long et douloureux, mais j'y arriverai". Aujourd'hui j'ai jeté le dernier caillou de ce foutu trou définitivement rebouché.

Apres cette croix, on serpente sur le col pendant un petit moment, on passe au plus haut à 1517m, avant d'entamer une descente de près 13km. Parfois sur la route mais le plus souvent dans un chemin pierreux difficile et glissant, ce n'es vraiment pas une parité de plaisir, sauf dans ce refuge tenu par des marginaux, mais qui "offrent", on laisse ce qu'on veut, du café et du thé chaud ce qui fait un bien fou.

Dès que le terrain le permet je relève la tête pour regard l'environnement qui bien que tétanisé par le froid est très joli à regarder. On traverse quelques villages qui ne sont plus du tout les mêmes que de l'autre côté du col. Ici c'est la montagne, ni les murs ni les toits sont identiques, et déjà en face de moi se dresse une autre barrière montagneuse qu'il faudra bientôt franchir pour atteindre la Galice.

C'es avec soulagement que je termine mon étape a la Casa Pichin, mon auberge pour la nuit, avec une chambre rien que pour moi et un grand lit sans barreaux...

Demain encore un grande journée avec 32km au programme, mais on reste dans la vallée du Bierzo et les jambes seront j'en suis certain reconnaissantes de cette pause momentanée des montagnes...

Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
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Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
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Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.
Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.

Malgré cette neige et ce froid, le plaisir de jeter mon caillou au pied de cette croix et des paysages que je n'oublierai pas.

Rédigé par Pierre -Guy

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Commenter cet article

Kitine et Bruno 30/05/2013 23:04

Chapitre très émouvant....Que de symboles !
(Sortons les Kleenex)
L'ascension jusqu'à la croix, cette situation décalée de toi en short dans la neige, ces paysages grandioses, cette lumière, ces cailloux Amma...ssés, ton ressenti partagé, l' analyse de ce que tu as vécu....Et les mots forts de ta femme chérie et la fierté de ta fille. Wahou !
On dirait la fin d'un bon film.... Mais c'est loin d'être THE END !
Merci pour ces moments partagés
Nous vous embrassons.
Bizoutoudoux

Laetitia 30/05/2013 05:02

Ton arrivée à Santiago de Compostela ne sera pas la fin de ton périple mais juste le prolongement de ce nouveau chapitre de ta vie qui a commencé le 1er avril. Je suis fière de toi !

Pierre-Guy 31/05/2013 14:08

C'est exact ma princesse, juste le prolongement d'un nouveau chapitre. Et toi à ton retour tu auras à écrire les tiens. J'ai hâte de te retrouver.
Gros bisouss

ama 30/05/2013 08:47

ma fille.... dans une semaine je retrouve ton père et toi, dans 2 semaines tu finis tes cours.
Rien ne s'arrête vraiment. Juste une page à tourner. Te retrouver me fera aussi le plus grand bien !

Nathalie 28/05/2013 23:31

Ton caillou laissé au col et la photo que tu as prise de toutes ces "offrandes" m'a fait penser aux Ovoos que l'on voit en Mongolie et au Tibet. L'ovoo est un monument traditionnel associé à l'origine au culte des Montagnes et du ciel et représentant un lien avec le monde des esprits, les mongols combinant assez bien le chamanisme et le bouddhisme.. C'est le plus souvent un tas de pierres, au sommet des collines et au col ou au sommet des montagnes. La plupart sont considérés comme étant des monuments sacrés. Un Mongol ne doit jamais passer devant un ovoo sacré sans s'arrêter. Il doit descendre de son cheval, faire une offrande à l'Ovoo (Soit placer de l'argent sur l'ovoo, soit l'asperger de Vodka ou de produits laitiers, soit couper quelques crins de la queue de son cheval et les attacher à l'ovoo). Il doit également en faire le tour 3 fois en pensant à un vœu dont on souhaite la réalisation et y ajouter une pierre comme tu l'as fait. Il est étonnant de voir qu'à des milliers de kms de distance et dans des pays de religion très différente on retrouve des coutumes assez semblables.
Bon chemin demain

Ama 28/05/2013 21:58

j'en pleure encore... dort bien cette nuit dans la casa pichin mon bel amour.
Tu as l'air épanoui ! encore quelques kilomètres, de belles rencontres, de beaux paysages : c'est tout ce que tu ramèneras. Plus de cailloux ! Je t'embrasse.

Nadine & Olivier 28/05/2013 21:13

Un seul mot magnifique...ce sourire...ce caillou jeté...ces paysages.... ces photos....que de chemin parcouru !

Bises

Nat ( et Richard) 28/05/2013 21:07

Whaou ! Paysages et végétation magnifiques ! Plus les effets de ciel et de soleil du photographe.
Et nous allons tous oublier cette "malencontreuse" histoire de bâtons pour garder en mémoire celle bien plus jolie du caillou de la "renaissance".
Bonne journée demain.