J5... Pas encore au point!
Publié le 5 Avril 2013
Avant de commencer je tiens à faire des remerciements très appuyés ce soir, à mes bâtons de marche avec amortisseurs, mes bras et mes épaules, sans qui je ne sais pas comment je serais arrivé au bout de l'étape d'aujourd'hui..
Mais revenons déjà sur hier soir à Beaugency. J'étais passé à Orléans dans une pharmacie pour acheter de l'eosine pour mes ampoules. Le pharmacien m'avait dit que le mieux était d'avoir une seringue pour pomper le liquide de l'ampoule et après d'injecter l'eosine. Pas de seringue( pas d'EPO non plus dommage pour aujourd'hui...) donc j'avais bricolé.
Hier soir constatant le résultat médiocre de ma première application et l'apparition d'une nouvelle "lumière", j'ai pris mon couteau que j'avais aiguisé avant de partir et j'ai bien ouvert les ampoules, maintenu avec la lame la peau soulevée et versé l'eosine. Autant vous dire que de mon statut de naissance de "pieds noir" je suis passé à celui de "peau rouge" en espérant secrètement devenir un Apache et pouvoir courrir dans la plaine pieds nus après les bisons!! La suite montrera que n'est pas Apache qui veut!l
L'autre décision était de retirer les semelles (idée d'Anne-Marie, confirmée le soir par Emmanuel, oui je sais Christine les femmes ont toujours raison...)
Donc après une nuit médiocre, et un bon petit déjeuner servi par la patronne de l'hôtel, charmante petite dame , malgache d'origine, qui a repris l'hôtel pour ne pas s'ennuyer (elle m'a beaucoup parlé...vous la voyez en photo plus bas), je pars de Beaugency à 9h pour une grosse journée avec 36km au programme, ce qui fait beaucoup avec les 30 de la veille.
On sort vite de cette petite ville médiévale et très rapidement je me retrouve sur un chemin en bord de Loire, il pleut doucement et tout est dans la brume, vous verrez les photos, et ça ne s'est pas levé de la journée.
Mais la Loire est belle dans ses tonalités grises, des cygnes et des oies volent en rase motte devant moi, c'est superbe. Opéra du jour, Madame Butterfly, un autre de Puccini.
C'est juste Magique, la Callas dans tous ses états et moi avec, j'en arrive même à ne plus penser à mes pieds, je me laisse transporter par ces voix et cette musique. Jusqu'à ce que l'émotion soit trop forte (Vogliatemi bene, un bene piccolino) et que tout seul sur mon chemin je me mette à pleurer...je laisse partir les larmes, c'est peut être un premier caillou que je jette.
Le chemin continue de suivre la Loire, le ciel est toujours bouché mais la pluie s'est arrêtée
Il ne fait pas froid et j'avance prudemment sans aller trop vite pour ne pas me griller... Des bords de Loire on passe sur la route/piste cyclable de la digue qui permet d'éviter les inondations dues à certaines crues.
C'est beau au début, mais ça dure près de 20 km et finalement le vent se lève un peu, et surtout je force pour éviter les appuis pour mes pieds et ça, ça m'épuise.
Autre erreur, je ne bois pas en cours de marche, il fait froid, je n'ai pas chaud. Mauvais réflexe. Je ne m'arrête que vers 13h pour déjeuner, très mauvaise idée, je ne suis pas en hypo mais c'est un peu limite. En plus de cela le vent froid s'est remis à souffler. Je "déjeune" rapidement et je repars doucement, car le plus dur pour les pieds c'est les arrêts et les reprises , il me faut un temps pour retrouver le bon pas.
Je retrouve au bout d'un moment les bords de Loire et les maisons sont superbes , mais c'est long, très long. Je prends de plus en plus appui sur mes bâtons et ce sont mes bras et mes épaules qui me portent.
Cette étape ne veut pas en finir, je pensais être presque arrivé, il reste en fait encore 6 km. La pluie refait son apparition, mais j'ai la flemme de ressortir mon poncho du matin. Pas une bonne idée car il pleuvra jusqu'à l'arrivée. J'arrive donc bien humide, les pieds en compote (et encore je ne les ai pas encore vus...) et les muscles des jambes totalement "Out".
En arrivant dans ma chambre, je tombe assis sur mon lit, je n'en peux plus ce soir, et quand je retire les chaussures et les doubles chaussettes, une ampoule mal traitée hier soir pourrait servir de guirlande dans une guinguette à elle toute seule. Je suis un peu désespéré il faut bien le dire et le moral est en berne. Après une douche et des étirements, je reprends donc mon couteau et je charcute et verse l'éosine...il va bien falloir que ça sèche.
Demain "seulement" 23 km au programme, ça devrait me permettre de récupérer un peu, si mes guirlandes me laissent en paix!!
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